EDUCATION : LE CHALLENGE DE F. NTALA ALIAS «EDDI» DANS «CŒUR ET SANG » – le blog cheikfitanews

Tue Feb 23rd, 2010 in Education by Faustin N'Tala

EDUCATION : LE CHALLENGE DE F. NTALA ALIAS «EDDI» DANS «CŒUR ET SANG » – le blog cheikfitanews

L’INFO en ligne des CONGOLAIS DE BELGIQUE

Mardi 23 février 2010 2 23 /02 /2010 14:10
EDUCATION : LE CHALLENGE DE F. NTALA ALIAS «EDDI» DANS «CŒUR ET SANG »
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Il s’appelle Faustin N’TALA, il est d’origine congolaise, il vit à Indianapolis aux USA, il dirige une ONG qui mène des actions sur l’éducation en Afrique et plus particulièrement en RD Congo.

Qui est-il ? Pourquoi cet engagement pour l’éducation des enfants des autres ?

Mai 1978, au Sud de la RD Congo, alors Zaïre, la ville minière de Kolwezi est envahie par des rebelles venus d’Angola. Durant six jours, la ville va vivre un enfer. En septembre, Le Théâtre ORCAN, une troupe de la ville monte et joue la pièce « Moins Homme » dite « La guerre de Kolwezi » écrite et mise en scène par Cheik FITA. Le succès est au rendez-vous. La pièce sera jouée plus d’une centaine de fois. Mieux, au concours radiophonique interafricain de Radio France, Moins Homme sera l’unique pièce zaïroise parmi les douze finalistes.

1979, Année internationale de l’Enfant, Le Théâtre ORCAN monte une nouvelle pièce de Cheik FITA : «Cœur et Sang ». L’histoire d’un couple qui a abandonné ses bébés jumeaux, un garçon et une fille : Eddy et Dada.

Sur scène, des jeunes élèves de 12 à 14 ans du Collège du Lualaba et du lycée Umoja ex Sainte Agnès.

Dans le rôle des jumeaux : Mukile Bari joue Dada, N’Tala Kasatuka joue Eddi.

Le moment le plus pathétique de la pièce quand Eddi, traité de bâtard par un de ses condisciples, se plaint : « Quel mal ai-je fait pour être ainsi ignoré ? »

La pièce « Cœur et sang » sera jouée plus d’une centaine de fois et chaque fois à ce moment du spectacle, le public était en pleurs.

Nous avons retrouvé « Eddi », trente ans après.

Acteur de la société civile, il s’est investi dans un combat : l’éducation.

Ci-dessous de larges extraits d’une réflexion qu’il voudrait partager afin de démontrer l’importance d’éducation dans un état nation, de la RD Congo notre pays pour le cas.

POURQUOI S’ETRE INVESTI DANS L’EDUCTION ?

En tant que Congolais et membre de la diaspora. Ma réponse a toujours été que l’enseignement est le domaine où j’estime avoir accumulé beaucoup d’expérience. Je ne voudrai pas m’investir dans les domaines où j’ai très peu d’expertise ou pas du tout. Il est du devoir de chacun d’apporter quelque chose à la nation Congolaise. Je le fais aussi pour le bien commun des populations vivant dans les pays en voie de développement.

EXPERIENCE, PARCOURS…

J’enseigne depuis plus de vingt ans, dont près de dix ans au Congo, après des études supérieures à l’Institut Supérieur Pédagogique de Lubumbashi ISP/Lubumbashi). J’ai eu l’opportunité d’évoluer dans le système éducatif Congolais avant d’embrasser la carrière enseignante dans une école internationale à Lubumbashi.

Ensuite, j’ai eu l’occasion de me recycler aux Etats unis, où j’ai obtenu un diplôme en science d’éducation élémentaire. Je suis présentement chercheur à l’université d’Indiana (Indiana University) où je fais des recherches en études de politique d’éducation comparée et en Leadership en Education. (Educational Leadership and Policy Studies)

Je suis aussi enseignant à l’école internationale d’Indiana, dans la filière française. Je préside aux destinées de l’ONG international Waza Alliance for Quality Education (L’Alliance Waza pour l’Education de Qualité).

POURQUOI SORTIR LE SYSTEME EDUCATIF CONGOLAIS DU BOURBIER

Le système éducatif Congolais est dans l’obligation de se transformer profondément durant les 25 prochaines années. Mais il faut travailler dur chaque année et démontrer une volonté qui transcende les mandats politiques pour arriver à ce résultat. Faute de quoi, le Congo, qui n’est même pas prêt à atteindre les objectifs du millénaire en 2015, pourrait se retrouver avec une population si digitalement analphabète qu’elle ne pourrait pas répondre à la demande des opportunités d’emplois du XXIe siècle, ni participer dans une économie qui se transforme à une vitesse disproportionnée à la transformation des ressources humaines.

Le monde se globalise, mais encore une fois comme à l’époque coloniale, la plupart des pays pauvres et en voie de développement ne sont pas prêts à affronter ce changement global, comme ils n’étaient pas prêts pour résister à la colonisation, affronter la décolonisation puis le néo-colonialisme.

LES ENJEUX DE L’INFORMATION

Dans le monde globalisant, la maîtrise et la manipulation de l’information deviennent des atouts majeurs pour relever le niveau de vie des populations entières.

Pendant qu’il n’existe presque pas de bibliothèques publiques et scolaires au Congo, la production quotidienne de l’information grâce aux nouvelles technologies, comme le souligne un expert américain, Linda Darling Hammond, dans son livre The Flat World and Education (2010) (Le Monde plat et l’éducation) dépasse la quantité d’information gérée par la plus grande bibliothèque du monde, la bibliothèque du Congrès américain. Le monde aurait produit ajoute-elle-500 000 fois de nouvelles informations plus que le volume de l’information imprimée et préservée à la bibliothèque du Congrès américain. Et l’experte continue en affirmant qu’en trois ans seulement, entre 1999 et 2002, la quantité de nouvelles informations produites dans le monde atteindrait la quantité produite dans toute l’histoire de l’humanité. Enfin Hammond conclut en affirmant que la quantité d’information technique double tous les deux ans et doublerait tous les 72 heures d’ici 2010. Nous sommes bel et bien en 2010.

ARCHITECTURE DU SYSTEME EDUCATIF CONGOLAIS

Le système d’éducation Congolais est une architecture montée à l’époque coloniale qui n’a connu de mise à niveau majeure que pendant quelques années qui ont précédé et suivi l’indépendance. Le système a cessé d’être financé, il y a vingt-cinq ans, à l’époque du gouvernement de la rigueur, et le financement majeur n’a repris qu’il y a peu. Par contre le système est sous convulsion depuis justement près de vingt-cinq ans, avec des grèves et menaces de grève des enseignants, à répétition et annuelle.

Cette situation n’est pas propre aux Congolais. Je voudrais tout simplement justifier les raisons qui expliquent la motivation de notre initiative, Waza Alliance for Quality Education.

DEUX CAS : SINGAPOUR …

Singapour, à titre d’exemple, n’a pas de ressources naturelles autant que le Congo. Mais ce pays est sorti d’une économie basée sur la pêche seulement, pour devenir compétitif dans d’autres domaines et rivaliser avec les pays traditionnellement avancés. Ceci grâce à la transformation complète de son système éducatif. Les élèves de quatrième primaire et deuxième secondaire du Singapour prennent des examens internationaux et se placent au sommet en termes des résultats en mathématique et en science.

… ET LA RD CONGO

Si le programme Congolais semble bien structuré, par contre certains investissements majeurs en termes de paiement du coût direct d’éducation ne suivent pas. La formation des enseignants n’est pas régulière, et même apparemment remise aux calendres grecques depuis belle lurette. Pourtant, si le Congo revoyait le mode de financement du système éducatif, il pourrait mobiliser les ressources pour équiper les écoles et former les enseignants et le personnel administratif plus rapidement que le Singapour.

J’aimerais un jour savoir si les élèves de quatrième primaire et deuxième secondaire au Congo pourraient défendre leur rang sur le plan mondial, ce que je souhaite, s’ils prenaient les examens internationaux comme le TIMMS et le PISA.

Le Singapour est un modèle duquel la RDC pourrait s’inspirer. Sorti d’un amas de villages des pécheurs dans les années 70, ce pays s’est transformé grâce à la modernisation de son système d’enseignement.

PAS DE CAPITAL HUMAIN PAS DE DEVELOPPEMENT

Le Congo est arrivé à la croisée des chemins. Il devra investir dans son capital humain, sans lequel tout développement économique n’est possible. Même après avoir obtenu un plan similaire au plan marshal de la deuxième guerre mondiale, la situation de la R D Congo serait similaire à celle des pays qui étaient sortis de la deuxième guerre mondiale sans un capital humain outillé pour un développement durable et ce malgré le financement du plan marshal. Ceci, tant que l’investissement en éducation n’est pas robuste, pour permettre aux Congolais de maitriser l’outil de travail qu’est la technologie, la création, la manipulation et le traitement de l’information.

ETAT DE L’ENSEIGNEMENT

La qualité de formation des enseignants, surtout du primaire laisse à désirer. Ils sont envoyés en stage de moins d’un mois avant d’être déployés à l’issue d’un diplôme d’état (diplôme le plus élevé pour les enseignants du primaire). Certains jusqu’en 2010 s’accrochent à des copies de leçons qui ont été élaborés par leurs propres maitre (-sses) il y a des années, tandis que d’autres n’ont jamais vu le programme national, document sensé orienter et guider la progression de leur matière.

LE MUST

Pour arriver aux résultats similaires à Singapour, l’actuel système a besoin d’une réforme structurelle et non seulement conjoncturelle. La qualité de l’enseignement ne peut être assurée lorsque les salles de classes sont surpeuplées. Le pays affiche un besoin croissant en enseignants. Plus de 10 millions d’enfants Congolais demeurent non scolarisés. Le nombre d’écoles primaires et secondaires actuel doit être doublé pour satisfaire la démographie scolarisable. Il s’agit de construire plus de 20 000 nouvelles écoles. Le vieillissement du personnel enseignant s’accentue chaque année. L’âge moyen des enseignants Congolais atteint plus de 45 ans, alors que l’espérance vie, dit-on, se limite à 52 ans pour les hommes et 56 ans pour les femmes. Le Congo a pourtant besoin non seulement de les remplacer mais d’ajouter quelque 200 000 nouveaux enseignants dans les 10-15 ans qui viennent.

Le secteur de l’enseignement regorge presque de la majorité des fonctionnaires de l’état et mérite une attention particulière. Nous nous réjouissons du fait que l’éducation est retenue comme priorité dans la reconstruction du tissu économique Congolais.

ET DANS LES 25 ANS A VENIR ?

J’aimerais placer le repère du développement de l’enseignement du Congo dans 25 ans, même si c’est trop court. Ce repère représente une génération. L’économie Congolaise basée sur les ressources naturelles devrait sérieusement être considérée comme une disposition transitoire vers une économie globale d’échanges des biens, des services et d’information. La livraison des ressources naturelles congolaises colmate progressivement l’économie mondiale. Lorsque le Congo aura mis toutes ces ressources naturelles à la disposition de l’économie mondiale, pour paraphraser Hammond, que serait le peuple congolais s’il n’est pas préparé à exercer des emplois qui n’existent même pas encore ? Que serait-il lorsqu’il sera appelé à créer des idées et des solutions pour des produits et des problèmes qui n’ont pas encore été identifiés, grâce aux technologies qui n’ont pas encore été inventées?

L’investissement dans le domaine minier et du bois est fait malgré le Congo du fait de la forte demande de ces ressources sur le plan mondial. Par contre l’investissement dans le système éducatif doit se faire selon le Congo. Je suis conscient du fait que même dans ce domaine, le Congo obtient beaucoup de soutien des institutions internationales telles que la banque mondiale.

Le monde devient de plus en plus plat, comme l’affirme Friedman. Il devient un monde de plus en plus sans frontières où seules les populations qui sont préparées tireront profit. Si le Congolais ne s’équipait pas des atouts qui lui faciliteraient de “s’aplatir”, il serait tout simplement écrasé.

Le Congo est une puissance en devenir, non pas à cause de ses richesses naturelles, mais plutôt à cause de la jeunesse de sa population. Près de 30 millions des Congolais sont âgés entre 0-14 ans. Moderniser son système éducatif veut dire avoir un capital humain prêt à embrasser le défi de la mondialisation en douceur. Les enfants de Singapour étaient plus pauvres que les Congolais. Mais ils côtoient des écoles financées par le gouvernement où vous pouvez trouver des bibliothèques bien fournies et de la technologie de pointe.

Faustin N’TALA